Le monde de Lady Oscar
Le monde de Lady Oscar

UN GRAIN DE Sable AMER

La pluie ne cessait de tomber sur les toits parisiens. Paris était apaisé pour un temps, et à l’image glauque du ciel, les rues étaient désertes et silencieuses, comme si la fureur populaire d’hier avait été dissoute lentement par chacune des gouttes. C’était si rare au mois de juin : la pluie et le silence des parisiens.

 

Mais cela importait peu à Oscar, rentrée quelques heures auparavant au domaine familial, à Arras, pour permettre au peintre Armand d’achever son portrait. La seule qui occupait son esprit était le fait qu’elle avait sauvé ses hommes emprisonnés à l’Abbaye pour s’être rebellés à son instar et ce, grâce à l’aide précieuse et efficace de Bernard. Ce cher Bernard, comme elle avait eu raison de placer sa confiance ne lui, en cet homme qui manipulait le langage et le peuple aussi sûrement que Marie-Antoinette ne pouvait résister à une nouvelle dépense en robes, bijoux ou même jeux.

 

Marie-Antoinette… Etait-ce vraiment elle, Oscar, qui avait encouru la colère paternelle pour être sauvée in extremis par celle qu’elle avait trahie malgré tous ses serments de fidélité ?Oscar ne pouvait s’empêcher d’éprouver un pincement au cœur et de ressentir un malaise, comme un grain de sable dans sa conscience. Etait-ce cette Reine, cette femme, qui comme Oscar, devait jouer la comédie sur la scène de la vie, ne rien laisser voir de sa solitude oppressante, de ses désirs si simples d’être soutenue et aimée et non plus soutenir et commander ? Oui, Oscar, comme toi, comme ton miroir que tu as trahi. Est-ce parce qu’elle t’a pardonné avec bonté sans évaluer ton acte que tu recommencerais ? Est-ce parce qu’elle t’a pardonné avec bonté sans évaluer ton acte que tu ressens ce malaise ? Non ! ne pas y penser.

 

Oscar se leva, reposa sur sa soucoupe sa tasse de chocolat désormais vide. A côté André était encore en train de se faire houspiller par Grand-Mère. Lui si homme, si sûr de lui, « son André » comme son cœur l’avait crié si fort à Fersen lors de l’émeute de Saint Antoine, baissait la tête et se trouvait milles excuses pour s’esquiver comme avant, comme lorsqu’ils étaient enfants, et même après, lorsqu’elle était Capitaine des Gardes Royales…les Gardes Royales…son service auprès de Marie-Antoinette…Non ! ne pas y penser.

 

Les cris de protestation d’André toujours à côté l’a rassura. Elle sourit et s’avança vers la porte.

 

« Allons Grand-Mère, nous repartons à Paris, me laisserez-vous André quelques instants ? » - sa voix était taquine et enjouée.

 

« Comment ma petite Oscar, bous repartez déjà ?! Ne voulez-vous donc pas attendre le retour de votre Père pour le voir. Oh je sais, il est si sévère mais… »

 

« Grand-Mère, je dois repartir ce soir. Les évènements qui se sont déroulés ces derniers jours nécessitent ma présence à Paris. Pour mon Père…hum, je le salue. André, va seller les chevaux ! » - son ton n’admettait plus aucune contestation.

 

« Bien Oscar, j’y vais ».

 

« Oh toi, tu ne perds rien pour attendre ! » - continua Grand-Mère qui ne voulait pas clore cette conversation sans se rappeler aux bons souvenirs d’André.

 

Quelques instants plus tard, Oscar et André se mettaient en route, ce dernier tout heureux d’avoir enfin quitté une présence aimante mais parfois si étouffante. La vérité est qu’à Arras, en compagnie de sa grand-mère, André se retrouvait de nouveau dans sa condition de roturier, d’inférieur, et ce, même s’il bénéficiait de l’estime de la famille Jarjayes, estime si difficile à recevoir du Général. Oscar était pour lui plus inaccessible, plus proche et plus lointaine en même temps : il restait André Grandier, fils de domestiques. Mais là-bas, aux Gardes Françaises, outre ses compagnons de caserne dont Alain qui avait su l’intégrer par la force puis par une certaine forme d’amitié, oui il se sentait proche d’Oscar : il n’était plus André Grandier mais un soldat obéissant à un autre soldat, son officier qu’il pouvait protéger et lui être utile dans son ombre.

 

« Allons, allons André, tu rêves ?! » - Oscar le tira soudainement de ses pensées, avec ce petit ai toujours mi-figue mi-raisin qu’elle avait pour lui.

 

« Non Oscar, non, pourquoi ? Oh dis-moi Oscar, pourquoi partir si vite rejoindre Paris ? Tu sais très bien que si quelque chose d’importait survenait, on te ferait prévenir » - il avait réussit à détourner la conversation et pourtant combien il pouvait souffrir en son for intérieur. Oscar, mon Oscar, tu t’entêtes dans tes chimères mais si tu savais comme je t’aime…

 

« André…André !! Tu m’écoutes ? Voyons à la fin, que t’arrive-t-il ? »

 

« Mais rien Oscar, j’ai seulement la tête encore étourdie des remontrances de Grand-Mère, c’est tout. Mais tu ne m’as pas répondu. »

 

«  Tu ne m’as pas écouté » - répondit instinctivement Oscar.

 

Comprenant qu’il ne pourrait continue ainsi sans provoquer un silence lourd, André s’excusa. Oscar enchaîna sur le fait qu’ils seraient ce soir sur Paris, et qu’ils passeraient d’abord voir Bernard pour le remrcier de la libération de ses soldats hors de l’Abbaye.

 

Le silence retomba entre eux, moins lourd, mais empreint de réflexion, chacun à ses pensées pour l’un tourmentées, pour l’autre de sensations d’être perdue. Oui, ils retournaient à Paris assurer la défense des Parisiens mais au nom de quoi ? Au nom du oi : quelle ironie… et quel vide au fond d’elle. Une fatigue insidieuse, bien aud’elà de celle qui progressivement lui rongeait les poumons, un sentiment d’absurdité l’envhaissait. Elle repensa à la jeune Charlotte de Polignac, cet enfant ce jetant dans ses bras en pleurs avec son cri de desespoir si incisif qu’il avait ébranlé profondément, elle, Oscar, et surtout, qui lui avait fait si peur comme un écho à ses propres pensées enfouies : « Oh Oscar, si vous saviez ! Ma mère veut me marier, mais je ne veux pas me marieré. Cette volonté familiale impitoyable.

 

Elle se sentait si forte, si fière, elle avait fait son devoir en obéissant à son Père croyait-elle, en devenant un homme. Et pourtant, combien aujourd’hui ce sentiment de lacheté, de vide et de fatigue la hantait. Charlotte fut en accord avec elle-même, elle alla jusqu’au bout mais pourquoi mon Dieu nous avoir doté du libre arbitre pour en fait être enchainé inexorablementà une réalité fatale, pour être si peu maitre de sa vie et de ses choix ?

 

André ne lui avait-il pas tenu les mêmes propos : « qu’elle soit blanche ou rouge, une rose sera toujours une rose » ? La Nature elle-même la rappelait vers elle, vers ses véritables aspirations, sa véritable condition de femme.

« Et bien, Oscar, te voilà encore plus perdue avec toi-même qu’avant de partir » pensa-t-elle. Son regard se tourna, conscienmment ou non, vers la droite te se posa sur le profil dégagé d’André. Lui aussi était dans ses pensées. « J’ai seulement encore la tête étourdie des remontrances de Grand-Mère » s’était-il justifié. Oscar sourit à cet argument enfantin de la part de son chèr André qui connaissait et surmontait avec la parfaite bonne humeur les aléas de Grand-Mère et ce, depuis plus de…trente ans maintenant. Cela était sûr : André n’était pas fait pour le mensonge. Et pourtant combien il avait été habile à dissimuler l’état de son dernier œil qui lui restait valide. Mais il avait eu raison, elle le savait.

 

Trente ans ? Trente ans déjà qu’ils étaient côte à côte, toujours ensemble. Oui le temps a passé depuis qu’ils jouaient et se battaient ensembl dans l’herbe du château des Jarjayes, qu’ils galopaient tous les deux dans la campagne, qu’ils ferraillaient dans les cours sur les terres partnelles ou à Paris.

 

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Ce soir-là, Oscar et André ne rejoindront pas Paris tout comme ils ne rejoindront pas Bernard au petit matin. Le destin avait placé sur leur route un groupe de paysans révolutionnaires et hostiles, pour leur faire goûter enfin au bonheur de s’aimer librement. Mais seulement de nuit, et seulement qu’une nuit, avant que ce même destin ne les rattrapent et ne les brise.

 

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