Le monde de Lady Oscar
Le monde de Lady Oscar

Tome 4 : préface & postface

 

Le texte ci-dessous a été reconstitué à partir d’une interview de Riyoko IKEDA réalisée par Shima Kadokura et publiée, au Japon, dans le tome 11 de La Rose de Versailles (Shueisha Margaret comics).

 

 

La rédaction du Margaret m’a demandé d’écrire un commentaire à l’occasion du 50e anniversaire du magazine. A titre personnel, je préférais dessiner un manga plutôt que de rédiger un texte et j’ai demandé si c’était envisageable. En effet, en quarante ans, j’avais accumulé beaucoup d’idées pour m’attaquer à de nouveaux épisodes.

 

 

 

A l’époque, je n’avais pas été tout à fait satisfaite de la fin de la série. En effet, après la mort d’Oscar, la rédaction m’avait demandé de conclure la série en 10 semaines (soit 10 épisodes). Il y avait pourtant beaucoup d’histoires que je voulais dessiner, j’avais en tête notamment un passage où Marie-Thérèse croise Fersen.

 

Je me suis servie de cette matière, de ces idées que j’avais en tête pour dessiner les chapitres de ce présent volume. D’un autre côté, il faut se dire que si j’avais continué à dessiner tout ce que je voulais, je n’aurais peut-être pas repris la plume cette fois-ci !

 

A l’époque, la rédaction du magazine ne voyait pas d’un très bon œil l’idée d’un manga historique. On m’avait même dit : « Dessiner ce qui est déjà passé n’a que peu d’intérêt ! ». Je me suis donc engagée à arrêter la série si ça ne marchait pas… J’avoue que je n’étais pas tout à fait sereine en attendant les résultats du vote des lecteurs… Mais en mon for intérieur, je me convainquais qu’un manga aussi passionnant, tout de même, ne pouvait que marcher !

 

La plupart des propos tenus par Oscar et les messages véhiculés dans les dialogues reflètent mon propre point de vue. En dessinant ces nouveaux chapitres, j’ai eu envie, à nouveau, de marcher la tête haute et d’avoir de la prestance, comme Oscar, sans me soucier du regard des gens.

 

L’épisode consacré à André revient sur l’enfance de ce dernier avant sa rencontre avec oscar. Cette histoire avait d’abord été écrite sous forme de scénario pour être jouée par la troupe Takarazuka. Il y a eu quelques adaptations pour la représentation. Cette fois-ci, j’ai pu la mettre en images en manga.

 

A partir de la page 25 de ce volume, la suite de l’histoire est totalement inédite. Je voulais terminer l’histoire sur une scène om on comprend que le gland est devenu un grand arbre. Les glands se conservent très longtemps. Je n’étais pas très à l’aise avec l’idée qu’André ait eu une autre femme dans sa vie, mais après tout, c’était avant sa rencontre avec Oscar. Ca pouvait se comprendre. Et puis André ne lui avait pas fait de réelle déclaration d’amour. Il lui avait juste dit qu’il n’oublierait pas « le village ».

 

Quand j’ai commencé la série, je n’avais pas décidé qu’André serait le partenaire d’Oscar. En fait, j’avais plutôt imaginé Girodelle dans ce rôle. Si Oscar avait dû se marier, Girodelle aurait été un bon candidat en soi. Mais bon… finalement, j’ai estimé qu’une personne très proche avait plus de chance de réussir à la séduire… c’est ainsi qu’André a été retenu. Une femme peut d’abord être attirée par la beauté d’un homme, mais au bout du compte, elle choisira plutôt un homme qui la comprend vraiment et qui l’accepte. Le physique deviendra un critère secondaire.

 

Je n’éprouve pas d’attirance particulière envers les beaux garçons… Mon genre d’homme, c’est plutôt Alain. Il faut dire que mes sports favoris sont le rugby et le sumo…

 

L’idée de qu’est-ce qu’un amour accompli dépend de chacun. Certains vous diront que le plus important est d’avoir rencontré quelqu’un qui ne vous oubliera jamais, et tant pis si les deux routes se séparent ensuite. Fersen va mourir de façon tragique, mais pour moi, il fait vraiment parti des gagnants. Du moins, en ce qui concerne l’amour.

 

Je voulais dessiner l’épisode de la rencontre du Général de Jarjayes et d’Alain en 32 pages, mais l’histoire prenait de plus en plus de place. Pour tout vous dire, j’ai égaré les planches où apparait le Général de Jarjayes. Mes assistantes étaient déjà parties. Alors, j’ai dû les refaire toute seule, et j’y ait passé la nuit. J’ai fait les dessins aux petits points moi-même ! Ca ne m’étais pas arrivé depuis longtemps. Je ne me souvenais plus de la réplique du Général de Jarjayes. J’ai donc réfléchi et j’en ai trouvé une autre. Aujourd’hui, je me dis que j’ai bien fait d’avoir choisi cette réplique. Finalement, c’était un mal pour un bien !

Le Général de Jarjayes est un homme séduisant. Un jour, j’aimerais prendre le temps de dessiner son histoire. Je voudrais aussi dessiner celle de Rosalie. Car elle est en quelque sorte la femme la plus subtile et la plus forte de l’histoire. Elle parait faible, mais elle surmonte toutes les épreuves. E quand il faut travailler, elle travaille !

J’ai finalement encore beaucoup d’idée… !

 

- Riyoko IKEDA

 

 

 

 

Préface du volume français

 

 

Quarante après la publication de La Rose de Versailles, j’ai repris la plume pour dessiner de nouveaux chapitres de ce manga. Vous trouverez dans ce volume des histories que j’ai eu envie de dessiner dès la fin de la série, et des répliques inspirées par l’expérience acquise durant ces quarante dernières années.

 

 

 

Je n’avais pas dessiné depuis assez longtemps, j’ai eu quelques difficultés à retrouver mes sensations. Puis, petits à petits, j’ai vu réapparaître celle que j’étais à l’époque, à la fois passionnée et déterminée.

 

J’espère que vous apprécierez la lecture de ce manga. J’en serai la plus heureuse.

 

- Riyoko IKEDA

 

 

 

 

 

 

 

POSTFACE

 

 

A l’époque, j’étais jeune. J’avais 24 ans. J’ai commencé à dessiner La Rose de Versailles avec beaucoup d’espoir, de la curiosité, une envie d’apprendre et une imagination débordante, alors que je ne connaissais rien à la vie, de ses tristesses et de ses souffrances.

 

 

 

 

Quarante ans se sont écoulées depuis la fin de la publication de cette série qui a bouleversé ma vie et l’a conduite dans une direction que je n’aurais jamais imaginé. Ces petites histoires, qui n’étaient que des petites braises au fond de moi, se sont en réalité transformées en véritables flammes.

 

Finalement, j’ai eu de la chance de publier ces épisodes annexes de La Rose de Versailles dans le magazine Margaret où la série avait démarré autrefois. Cinq années se sont écoulées et j’avoue être satisfaite du résultat obtenu.

 

Evidemment, de la Révolution française à Napoléon, il reste encore bon nombre d’anecdotes sur Robespierre ou Saint-Just qui se sont accumulées en loi et que j’aurais voulu dessiner, mais malheureusement, en ce qui concerne ma capacité à dessiner, j’ai certainement atteint mes limites physiques.

 

Lorsque j’ai commencé à dessiner ces épisodes, je ne parvenais pas à déterminer où mettre la force dans mon poignet pour tenir la plume. Cela m’a empêché de dessiner les traits que je souhaitais et cela m’a fortement contrariée.

Cependant, au fur et à mesure, ma main a recouvré la mémoire des traits qu’elle produisait autrefois.

 

Je ressens une grande joie à l’idée d’avoir pu conclure mes récits par l’épisode de Rosalie. Elle bénéficie ainsi d’une esthétique très proche de celle que j’étais capable de produire dans la série originale de La Rose de Versailles.

 

J’ai pu ainsi raconter les origines du prénom Oscar, emprunté à Oscar 1er de Suède ; la vie de Rosalie qui a épousé Bernard Chatelet, alias le Chevalier noir, et qui a surmonté de nombreuses difficultés pour arriver jusqu’en Suède seule avec son fils, fils qui s’est fait une place dans la société ; la vie de son fils François Chatelet qui, après avoir connu la Révolution française et la domination de Napoléon, devient le témoin de l’histoire de l’Europe ; et enfin, grâce à la famille royale de Suède Bernadotte et au jeune homme qu’admire François, Fabien Nobel, j’ai réussi à faire le lien entre cette période de l’histoire et le temps présent. En tant qu’auteure, j’en tire une grande satisfaction.

 

Désormais, chaque année, lorsque le Prix Nobel, qui a également des liens étroits avec le Japon, sera annoncé, j’espère que les lecteurs des épisodes de La Rose de Versailles se souviendront de celui de Rosalie.

 

En utilisant la Suède comme toile de fond, et en m’appuyant sur Rosalie, une héroïne douce, agréable, mais dotée d’une véritable force de caractère, j’ai pu rassembler toutes les pièces de l’histoire d’amour entre Marie-Antoinette et Hans Axel de Fersen.

 

Je remercie du fond du cœur toutes les personnes qui m’ont accompagnée durant ces cinq années de publication : la rédaction, les lecteurs, Ikeda Riyoko Production, et surtout mes deux assistantes de très longues dates Erika Miyamoto [qui a cosigné « L’Anneau des Nibelungen » et les deux Gaiden de la Fenêtre d’Orphée] et Atsuko Ishikawa, sans l’aide desquelles je n’aurais pas pu terminer cette œuvre.

 

- Riyoko IKEDA (mars 2018)

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